Shedra

2023 – 2024
La pratique de cœur de Guru Dewachenpo

Contexte

Le Shedra, intitulé “La Pratique du Cœur de Guru Déwachenpo”, est un cours annuel axé sur une pratique spécifique.

Face à l’incertitude, comment pouvons-nous gérer nos peurs, nos angoisses et autres afflictions qui sont inhérentes à notre condition humaine ? Comment pouvons-nous découvrir nos ressources intérieures ? Comment pouvons-nous transformer notre souffrance en une grande félicité ?

La Pratique du Cœur nous offre la possibilité de réaliser une telle transformation. Cette méditation, dans sa simplicité, rassemble l’essence du Vajrayāna et du Dzogchen, nous permettant ainsi de transmuter les défis de la vie en un accès direct à la nature inaltérée de l’esprit. Cette nature, jamais perturbée par la confusion, est toujours prête à être reconnue par nous.

L’étude révèle la profondeur de cette pratique, tandis que l’expérience de la pratique des différents points étudiés, démontre sa puissance transformatrice. Une véritable pratique ne peut exister sans étude, et une véritable étude ne peut exister sans pratique.

En conclusion, il n’y a pas de tâche plus essentielle que de réaliser pleinement la nature de l’esprit, pour notre bien-être et celui des autres.

 

Dates

jeudi 19 octobre 2023 L’origine de tout
jeudi 23 novembre 2023 Les mésaventures d’un « moi » illusoire
jeudi 21 décembre 2023 Voir et visualiser
jeudi 25 janvier 2024 L’esprit n’est pas l’esprit car il est claire-lumière
jeudi 29 février 2024 La nature de Bouddha
jeudi 14 mars 2024 Le corps subtil
jeudi 23 avril 2024 Le Né-du-lotus
jeudi 30 mai 2024 La perception pure
jeudi 13 juin 2024 Le fruit

 

Fichiers

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Ce qu’on va voir avec le sujet de cette année, c’est qu’on peut transformer des moments de difficultés en opportunités. Une différence importante avec les années précédentes, c’est qu’on va étudier une pratique et pratiquer ce qu’on a étudié. On va sans cesse passer de l’un à l’autre. Pour ça, je voulais que ce soit une pratique relativement simple. En même temps, c’est une pratique d’une extraordinaire profondeur dans la vue, parce que chaque pratique, chaque méditation est une façon de traduire la vue de façon qu’on puisse la vivre.

On pourrait aussi appeler cette pratique “transformer la souffrance en grande félicité”. C’est qu’elle a comme porte d’entrée la souffrance, la difficulté, la douleur, et que c’est ça qui nous conduit à réaliser la grande félicité. C’est-à-dire qu’au fond de cette souffrance, il y a cette grande félicité. C’est un processus qui est accompagné par cette pratique, par la figure de Guru Dewachenpo, qui est un aspect essentiel de Guru Rinpoché, qui est particulièrement lié à la guérison des souffrances psychiques, des désordres liés aussi au corps subtil.

Il y a vraiment ce principe de transformation de l’alchimie. Et comme dans l’alchimie, c’est la transformation de ce qui est, ce qui paraît dans sa vraie nature. Ce n’est pas une manipulation. C’est une révélation de ce qui est fondamentalement. En terme bouddhiste : vacuité – luminosité. En terme Dzogchen : rigpa, la nature de l’esprit. Cette méditation rassemble dans une forme toute simple, la quintessence du Vajrayāna et du Dzogchen, et permet ainsi de transmuter les difficultés de la vie en un accès direct à la nature de l’esprit.

Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. C’est le péril qui amène ce qui sauve du péril. La place de la souffrance dans ces enseignements est centrale, parce qu’ici la souffrance est vue comme l’occasion d’un réveil.

L’origine de tout, c’est une expression de la vue, et pour comprendre la vue qui permet de mettre en œuvre cette pratique, on va se baser sur “La Prière de la Base, du Chemin et du Fruit”, qui fait partie du Longchen Nyingthik. C’est en fait une représentation de la nature fondamentale de ce qui est depuis les temps sans commencement, et qui n’a jamais été souillé par la confusion. Il n’y a que dans cette vue qu’on peut comprendre en quoi, même la souffrance est l’expression de notre nature éveillée. C’est une vue profondément non-duelle.

La vraie nature des choses est fondamentalement libre de projections conceptuelles. Elle est au-delà de ce qui peut être conçu. Les choses ici, c’est les phénomènes. Tout ce qui se produit, qui est “matériel”, qui est “spirituel”. Elle n’existe pas, puisque même les Vainqueurs ne la voient pas. Elle est au-delà même de la possibilité d’être vue comme quelque chose qu’on pourrait saisir. Pourtant, elle n’est pas non plus inexistante, puisque c’est la base de tout le Samsāra et de tout le Nirvāna, c’est-à-dire la base de tout. Elle est au-delà de l’exprimable. Tout le paradoxe de ce type de texte est de l’exprimer quand même, en amenant aux limites du langage. Dans le langage ordinaire, soit une chose existe, soit elle n’existe pas. Ici, on parle de quelque chose qui n’est pas une chose, qui n’est ni existante ni inexistante. Qui est à la fois parfaitement insaisissable et qui est le cœur de tout ce qui est.

La base ici, c’est la base de tous les phénomènes, de tout ce qui est. L’origine de tout ! Origine, qui n’est pas située à un point lointain du temps. Origine, qui est au cœur de chaque instant. C’est une origine qui est intemporelle. En essence, elle est vide et donc libre des limites de la permanence. Donc, il y a là cet aspect de vacuité. On dit que c’est libre des extrêmes ontologiques. C’est insaisissable, au-delà de tout ce qui peut être dit et pensé. Donc, elle est libre de ce qu’on appelle permanence et des limites du nihilisme. En même temps que cette essence est vide, vide ne signifie pas néant. Il y a un aspect de clarté, de présence, on pourrait dire aussi de luminosité. Et elle est donc libre des extrêmes du nihilisme. C’est-à-dire, figer les choses dans le néant.

Inconcevable et libre de toute interprétation ou exagération. Même les Vainqueurs peinent à articuler tout ce qu’implique cette vérité, parce qu’elle est au-delà de l’exprimable. Sans début, milieu ou fin, c’est un vaste espace de profonde clarté. Cette base est la base de tout, du Samsāra comme du Nirvāna, dont l’essence est vide, dont la nature est clarté, et dont la compassion ou capacité est illimitée. Ça, c’est la base de tout ce qui est maintenant, en fin de compte. Si on le voit, c’est à l’origine de tout, de chaque instant.

La Prière de Kuntuzangpo, qu’on appelle Kunzang Mönlam en tibétain, est une prière faite par le Bouddha primordial Kuntuzangpo. Tout ce qui apparaît, tout ce qui existe, Samsāra et Nirvāna, ont une seule base, deux voies et deux résultats, les déploiements magiques de la connaissance (rigpa) et de l’ignorance (marigpa). Puissent tous les êtres atteindre l’Éveil complet et parfait au sein du palais du Dharmadhātu, l’espace de la réalité absolue. Ces deux voies, c’est d’une part les déploiements magiques de la connaissance, rigpa, et de l’ignorance, marigpa. Les deux sont des déploiements magiques, car ils sont les déploiements de cette base unique.

Toutes les mésaventures liées à l’ignorance, la confusion, la souffrance, sont autant une manifestation de la base que les manifestations éveillées des bouddhas. Ce qui veut dire qu’au cœur de la plus grande souffrance, de la plus grande confusion, il y a la possibilité de reconnaître la base. Et la pratique nous permet de faire que ce ne soit pas simplement une idée, mais quelque chose que l’on puisse effectivement réaliser. Le palais du Dharmadhātu, c’est l’ensemble des phénomènes, en tant qu’ils sont l’expression de la base. Si la base est la nature de tous les phénomènes, ça signifie aussi que tous les phénomènes sont l’expression de la base. Qu’est-ce qui nous guide vers la base ? Tous les phénomènes. Et parmi ces phénomènes, la souffrance en est un qui nous réveille particulièrement et nous guide, nous incite en tout cas à aller vers cette nature.

La base de tout est non composée. C’est un espace spontanément présent, illimité et inexprimable, au-delà des noms mêmes de Samsāra et de Nirvāna. Le reconnaître, c’est s’éveiller. Toutefois, dans leur ignorance, les êtres errent dans le Samsāra. Donc, la base de tout est un espace spontanément présent. Inexprimable, au-delà des mots. Ce qu’on appelle Éveil, c’est simplement reconnaître ce qui est, qui s’offre sans cesse à chaque instant.

Mes émanations apparaîtront continuellement et se manifesteront selon les besoins. L’imagination c’est ce qu’on croit possible, c’est ce qu’on croit imaginable. Or ici, ces manifestations de l’Éveil vont au-delà de ça. Quand on parle d’émanation de l’Éveil, on pense peut-être à un maître qui enseigne. Mais ça peut être aussi un objet, ça peut être un pont, ça peut être du vent, ça peut être plein de chose, au-delà de l’imagination.

La base des êtres ordinaires n’est pas l’illusionnée. Mais les êtres sont illusionnés de ne pas le reconnaître. C’est-à-dire que l’Éveil est déjà là en fin de compte. De ce point de vue-là, c’est sans effort. Mais les efforts qu’on a à faire, c’est pour se rendre compte de ça. C’est une base, deux chemins. C’est-à-dire qu’il y a cette base qui est là, qui est pure et parfaite et qui ne demande aucun effort. Après, cette base est infiniment ouverte, et il y a aussi la possibilité de ne pas la reconnaître. C’est-à-dire qu’il n’y a rien à fabriquer. Il y a à reconnaître. Cette reconnaissance selon les cas, elle peut être directe, plus graduelle, alternance de graduelle et de directe, etc. C’est à la fois immédiat dans la nature et graduel dans le cheminement. Et le point de cette reconnaissance, c’est de reconnaître ça dans chaque instant. Que ce soit agréable ou que ce soit désagréable.

Le point de cette pratique, c’est de partir de la souffrance et d’aller vers la nature vide et lumineuse, vers Dewachenpo, la grande félicité. C’est de nous accompagner dans ce processus, qui est le processus naturel, universel, de la manifestation de la base.

Cette pratique est l’occasion de transformer la souffrance en grande félicité, transformer notre esprit ordinaire en esprit éveillé, transformer une compréhension conceptuelle en perception directe. C’est vraiment une pratique alchimique, sous forme d’un Guru yoga. Le Guru étant ici représenté par Guru Dewachenpo.