Shedra

 

2022 – 2023
L’épée de la sagesse de Mipham Rinpoché

 

Contexte

La vue correcte de l’authentique réalité en sa vision parfaite est la complète libération déclare Asanga dans son Traité de la continuité sublime du Grand Véhicule 1 .

Si méconnaître le réel c’est se condamner au malheur de l’aveuglement, le connaître de manière juste offre la paix profonde et lumineuse à laquelle chaque vivant, chaque être conscient aspire. D’où l’importance de l’étude de la gnoséologie, c’est-à-dire de la science (gr. logos) de la connaissance (gr. gnôsis) elle-même.

Qu’est-ce que connaître le réel ? Mi’ pam Rinpoché, génie philosophique et maître réalisé de la tradition nyingmapa répond de manière profonde et éclairante à cette question dans son Épée de la sagesse, texte que nous contemplerons et méditerons durant toute cette année.

Le texte est téléchargeable ici : https://www.lotsawahouse.org/fr/tibetan-masters/mipham/sword-of-wisdom

 

  

Dates

e fruit99

lundi 26 septembre 2022 Introduction
lundi 21 novembre 2022 Les trois premiers raisonnements
lundi 5 décembre 2022 Le quatrième raisonnement
lundi 16 janvier 2023 L’inférence
lundi 13 février 2023 Réponse aux objections
lundi 27 mars 2023 Quatre objets de confiance 1
lundi 3 avril 2023 Quatre objets de confiance 2
lundi 29 mai 2023 Quatre objets de confiance 3
lundi 19 juin 2023 Le fruit

 

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otre étude de cette année va porter sur un texte de Mipham Rinpoché, un grand maître de la tradition Nyingmapa. C’est le sujet qui est traditionnellement étudié en premier. C’est-à-dire, comment on sait que quelque chose est vrai. Comment on utilise notre esprit pour se relier à la réalité. Comment, quand on parle, on s’assure qu’on sait de quoi on parle. Comment on utilise notre esprit, pour connaître directement la réalité.

Souvent, on ne sait pas très bien de quoi on parle, si on n’a pas clarifié ces points des pramāṇa. Par exemple, si on parle de la vacuité. Le concept “vacuité” ne libère pas, tandis qu’une perception directe de la vacuité libère. Voilà le genre de choses que vont approfondir les Pramāṇa, les moyens de connaissance valide.

Mipham Rinpoché est une sorte de génie philosophique Nyingmapa. Il a développé une vue philosophique complétement cohérente entre le bouddhisme classique des sūtras et le Dzogchen. Un esprit de synthèse extraordinaire. Un grand esprit philosophique et aussi un grand pratiquant, qui a écrit ce texte sur les pramāṇa.

La vue correcte de l’authentique réalité en sa vision parfaite, est la complète libération. Si on voit vraiment les choses pour ce qu’elles sont, alors il y a une complète libération. Tout tient à notre vue : vue correcte, vision parfaite. Notre vue, c’est une métaphore pour la connaissance juste qui libère. Parce que cette réalité-là est fondamentalement libre. C’est simplement nous qui surimposons autre chose que cette liberté.

Ce qui nous coupe de cette pureté primordiale, c’est notre façon de connaître la réalité, de nous relier aux choses. Donc, tout tient à comment nous connaissons. C’est ça qui est extraordinairement puissant. Tout tient à notre regard. Ce n’est pas qu’il y aurait des choses à changer à l’extérieur. Les seules choses à changer, c’est notre regard, notre façon de percevoir la réalité, d’être en relation avec les choses, avec les êtres, avec la réalité.

Tout tient à la connaissance. C’est certains types de connaissances biaisées, fausses, illusoires, qui produisent notre prison samsâriques. Et c’est un autre type de connaissance, fondamental, primordial, lumineux, primordialement pur, qui nous en libère. C’est précisément le sujet dont nous parle le texte de Mipham Rinpoché, les pramāṇa, les moyens de connaissance valide. C’est ce qu’on pourrait appeler l’épistémologie.

La figure centrale dans ce texte, c’est Manjushri, le bodhisattva de la sagesse, qui inspire tout le texte. D’ailleurs, le titre du texte fait référence à Manjushri directement, à l’épée de la sagesse. C’est épée que brandit Manjushri et qui tranche. C’est l’intelligence transcendante. C’est Prajnā. La sagesse qui tranche dans la confusion.

L’épée de la sagesse, c’est l’épée de Manjushri, qui tranche dans les doutes, dans la confusion, et qui libère en établissant la réalité avec certitude. Notre condition d’être animé est une vie pleine d’incertitudes. Et cette confusion, on passe notre temps à essayer de l’éviter et à se bâtir des pseudo-certitudes. L’épée de la sagesse, ce n’est pas simplement l’épée de Manjushri, comme une sorte de personnage sacré. C’est l’épée qu’on va prendre, pour trancher dans notre confusion, dans nos doutes, sur la nature véritable de la réalité de ce qui est. C’est ça le chemin que nous propose le Bouddhadharma. Et Mipham Rinpoché est le porte-parole de Manjushri.

L’hommage, la louange, c’est pour orienter notre esprit vers cette sagesse, l’accueillir en nous. Reconnaître ces qualités de l’Éveil, que nous avons cette dimension en nous. C’est clarifier ce que sont les caractéristiques de l’Éveil. Considérer que c’est vers ça qu’on se tourne, que ce n’est pas une occupation ordinaire.

L’esprit n’entretient plus aucun doute quant aux trois points clés. Selon Khenpo Palden Shérab, les trois points clés, c’est la validité de l’enseignement, la validité du maître et la validité selon les pramāṇa. L’autre explication des trois points clés de Mipham Rinpoché, c’est la perception directe pour les phénomènes manifestes, l’inférence pour les phénomènes cachés et les écritures pour les phénomènes très cachés.

Classiquement, il est dit du Dharma qu’il est vaste et profond. Il est profond, parce qu’il désigne l’absolu, qui est au-delà des extrêmes. Il est profond, parce qu’aucune de nos catégories mentales conceptuelles, de notre langage, ne peut le saisir. Il est profond, parce qu’il conduit à la réalisation de l’absolu. Il est aussi vaste, parce qu’il contient les dix pāramitās, les dix terres et les cinq chemins. Il est difficile à réaliser, parce qu’il est profond. C’est d’une profondeur qui dépasse toutes nos représentations. C’est en ça qu’il est difficile à réaliser. Mais une fois réalisé, c’est comme l’évidence la plus simple et la plus normale. C’est ça qui le rend difficile à réaliser.

L’enseignement des sugata est semblable à un nectar. La sagesse, c’est ce qu’on goûte directement. La métaphore est basée sur le sens du goût et aussi de ce qu’on ingère. La sagesse est à goûter, à ingérer. À quiconque désire en faire l’expérience, j’offre le flambeau de l’intelligence. C’est une promesse et un don. Le texte dit : Manjushri, c’est vous ! Si vous le voulez, j’offre le flambeau de l’intelligence ! C’est-à-dire que ce texte, c’est un don que nous fait Mipham Rinpoché. Ce don, c’est celui du flambeau de l’intelligence. C’est l’intelligence sagesse, connaissance supérieure, transcendante, libératrice. C’est ça qui nous est offert.

La réalité, c’est ce qui résiste à l’analyse. Dans l’Abhidharma, ont dit que la réalité est ce qui résiste à la destruction matérielle et à la destruction par l’analyse. On pourrait dire que c’est ce qui est vraiment, fondamentalement. C’est la réalité. La vérité, c’est un énoncé verbal qui est en accord avec la réalité. Si je dis quelque chose qui est vrai, ça veut dire que cette chose existe en réalité. Après, il y a une vérité qui est de l’ordre du relatif et une vérité qui est de l’ordre de l’absolu. La vérité absolue, c’est les choses en dernière instance. Les choses dans ce qu’elles sont vraiment. Tout le Bouddhadharma se présente comme une prise en compte de ces deux vérités. Il faut tenir les deux. D’un côté, il y a les choses telles qu’elles apparaissent et puis il y a aussi ce qu’elles sont vraiment. D’un côté, il y a les êtres ordinaires et d’un autre côté, il y a les bouddhas.

La connaissance par inférence est une connaissance conceptuelle. Ça veut dire qu’on ne connaît pas les choses directement. On les connaît par des médiations, des moyens entre les deux. L’exemple hyper classique qui est donné, c’est : je vois de la fumée au-dessus d’une colline et je déduis qu’il y a un feu. C’est une déduction, mais c’est quand même une connaissance juste.

Sur le chemin spirituel, on a besoin d’inférence pour remettre en cause notre édifice conceptuel. On a certaines croyances, on a certaines certitudes qui sont des fabrications. Eh bien, il va y avoir des raisonnements par inférence, qui remettent ces croyances en cause. Par exemple, on croit à la permanence de soi, de notre petit monde, des choses qu’on aime, et on va amener un concept qui est l’impermanence. Et puis, avoir des raisonnements là-dessus, pour voir comment tout est impermanent. Et puis, vient un moment où l’impermanence, ce n’est plus juste une idée. Il y a des idées justes, mais juste des idées, ça ne libère pas. Et il y a un moment où à force d’avoir réfléchi sur l’impermanence, on va tout voir comme impermanent. Et là, ce sera la saveur, la sagesse de l’expérience directe. Alors, l’impermanence n’est plus une idée. Ça, c’est de l’ordre de la perception directe. C’est comme croquer une pomme. Immédiatement, sans médiation, vous connaissez immédiatement ce que c’est que le goût de la pomme.

Ce qui va être intéressant, c’est de développer de plus en plus une compréhension directe de l’impermanence, de l’interdépendance, de la vacuité, de la nature de bouddha. Donc au début, c’est des mots, des concepts. Et progressivement, ça devient une perception directe. Et il aura bien fallu les mots et les concepts, pour dégager de la place dans notre univers mental pour cette perception directe. Dégager de la place dans notre univers mental, qu’on confond avec la réalité. Donc, il faut des antidotes. Comme c’est un univers conceptuel, on a besoin de concepts. De concepts, contre des concepts.