Shedra
2021 – 2022
Vajrayāna et Dzogchen
selon les écrits de Longchenpa
Contexte
Suite de la série de trois années de cours en phase avec les livres de Philippe Cornu : Manuel de bouddhisme.
Troisième année, le bouddhisme Vajrayāna
Longchenpa (1308-1364) fut un yogi accompli, un océan d’érudition, un poète puissant et un génie philosophique.
Sa vie était l’incarnation de sa Vue et celle-ci était parfaite. Il a donné tout sa cohérence doctrinale et pratique à la lignée des anciens (nyingmapa) en articulant d’une manière unique, Mahāyāna, Vajrayāna et Dzogchen.
Étudier les textes qu’il nous a légués est la meilleure manière de comprendre le cœur même de notre lignée. Il existe pour cela un précieux ouvrage rédigé par Tulku Thondup, un grand savant, qui a compilé avec soin et érudition des passages particulièrement significatifs de l’œuvre de Longchen Rabjam : Longchenpa. Anthologie Dzogchen (éditions Almora).
Le cours de chaque mois sera dévolu à l’étude d’une thématique spécifique. Nous nous fonderons pour cela sur un ou plusieurs courts extraits de textes que les étudiants seront invités à lire à l’avance (ceux-ci seront précisés au fur et à mesure).
Dates
| mercredi 15 septembre 2021 | Introduction : Pourquoi étudier ? Qui est Longchenpa ? |
| mercredi 13 octobre 2021 | Introduction : Qu’est-ce que le tantra ? |
| mercredi 10 novembre 2021 | Les tantras internes |
| mercredi 1 décembre 2021 | Anuyoga et corps subtil |
| mercredi 5 janvier 2022 | Définition de l’Atiyoga |
| mercredi 2 février 2022 | La dévotion |
| mercredi 9 mars 2022 | Les trois catégories du Dzogchen |
| mercredi 6 avril 2022 | La base (première partie) |
| mercredi 18 mai 2022 | La base (deuxième partie) |
| mercredi 1 juin 2022 | Le fruit |
Fichiers
Enregistrements audio
Enregistrements sonores des soirées
Fichiers PDF
Transcriptions au format PDF
Fichiers Word
Transcriptions au format Word
Documents projetés
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Dans l’image toute faite du bouddhisme, ce qui vient en premier, c’est la méditation. On ne pense pas spécialement à l’étude en premier. Donc, pourquoi étudier et pas juste méditer, sans se prendre la tête ? C’est toujours très important de se rappeler pourquoi on fait les choses, de ne pas faire les choses simplement par habitude. Une des premières fonctions de l’étude, c’est de clarifier la motivation, parce qu’on suit un chemin de conscience, fondé sur une lucidité qui murit en sagesse véritable ou en connaissance primordiale : yeshé.
Ça permet de clarifier la nature de la réalité. Pour ça, on a besoin de mener une réflexion approfondie là-dessus et comprendre ce qu’on fait sur le chemin. L’étude participe à la pratique, en donnant cette compréhension de pourquoi et comment on fait cette pratique. C’est aussi une compréhension du fruit, comprendre vers où on va. L’étude va nous rappeler à une inspiration, à un aspect vivant des choses. C’est l’aspect de lucidité. Et avec ça, vient aussi une forme d’autonomie, devenir capable de s’occuper dharmiquement de soi-même.
Pour connaitre la réalité de façon valide, il y a deux moyens de connaissances valides : la perception directe valide et l’inférence valide. C’est important de voir que c’est la connaissance de la nature de la réalité qui libère. Lorsque cette connaissance est juste, on est libéré de l’ignorance et de la souffrance qui en résulte.
La perception directe valide, c’est une perception directe des sens. C’est aussi la perception directe mentale ou les perceptions supra mondaines des yogis. Il y a aussi l’aperception et la perception directe des yogis, qui est une intuition de la nature ultime des phénomènes. L’inférence valide, c’est le raisonnement qui aboutit à des concepts à valeur universelle. C’est la pensée catégorielle. Ça vise des phénomènes cachés.
L’inférence permet de dépasser les limitations de la perception directe. Par exemple, la perception directe de la vacuité, c’est génial. Mais si vous n’avez jamais réfléchi par inférence à ce que c’est que la vacuité, il y a peu de chances que vous débouchiez sur une perception directe de la vacuité. Avant d’avoir cette perception directe de la vacuité, il est nécessaire que vous soyez passé par un raisonnement, par inférence, sur ce que c’est que la vacuité.
Ça veut dire que l’étude commence par l’inférence, par le raisonnement et il y a absolument besoin de ça. Parce que si on ne passe pas par l’inférence, on reste spontanément dans les croyances héritées de notre milieu, de notre karma. On reste complètement dans notre conditionnement et on adhère spontanément à nos représentations comme étant vraies, sans jamais les examiner.
Les textes du Dharma font partie de la perception directe. Ce sont des témoignages de la perception directe de la nature de la réalité du Bouddha ou des maîtres. L’idée, c’est que par le raisonnement, on vienne confronter notre expérience à ça. D’abord sur la base de l’inférence, du raisonnement, jusqu’à déboucher à une perception directe.
La perception directe est le seul type de moyen de connaissance qui puisse nous apporter une certitude absolue. Parce que ça se passe à la première personne. Le goût du sucre, je n’ai besoin de personne pour m’expliquer. Quand je suis Longchenpa, j’ai une certitude de ce que c’est que la vacuité. J’ai une perception directe de ça.
L’inférence, le raisonnement, c’est ce qu’on pourra appeler une connaissance à la troisième personne, qui procède par des généralités. Et à ce moment-là, même lorsqu’on parle de soi, on est en train de parler d’un objet extérieur. Il n’y a qu’au moment où on a une perception directe qu’on parle vraiment de soi.
On passe de l’inférence à la perception directe par le processus de shamata- vipassana. Shamata va calmer l’esprit, la tendance à l’identification. Et lorsque l’on fait ça, il y a une clarté évidemment. On reconnaît les pensées comme des pensées et on peut commencer à les utiliser de façon intelligente. C’est ce qu’on appelle vipassana.
Les quatre dharmas de Gampopa sont une façon de résumer tout le chemin spirituel. On se tourne vers le Dharma et on le met en application le long du chemin pour clarifier la confusion. Que la confusion puisse naître en tant que connaissance primordiale ! La dernière ligne exprime bien la vue du Vajrayāna et du Dzogchen. En réalité, cette confusion a pour nature la connaissance primordiale, mais on ne l’avait pas vu. La nature de Bouddha et toutes nos émotions sont reconnues dans leur vraie nature. Ce n’est absolument pas ailleurs. C’est ça la vue du Vajrayāna. La connaissance primordiale, c’est toute notre expérience dans tous ses aspects, reconnue pour ce qu’elle est.
Dans le cadre de ces enseignements du Vajrayāna, ce qui va permettre de passer de l’inférence à la perception directe, c’est déjà le processus de la dévotion-bénédiction, une ouverture inconditionnelle à la vérité, une aspiration ardente à la vérité. De même, les pratiques de kyerim et de dzogrim permettent d’accélérer ce processus. Et l’ensemble, c’est ce qu’on pourrait appeler : perception pure. C’est-à-dire, utiliser toutes sortes de moyens, visualisations, mantras, etc., pour percevoir la réalité telle qu’elle est. Et dans le Dzogchen, vous avez rigpa, qui est une reconnaissance directe de la nature de l’esprit, une perception directe de la nature de l’esprit.
Longchenpa est un génie. C’est un des trois grands maîtres extraordinaires qui ont éclairé le Tibet par leur sagesse, leur intelligence puissante et leur réalisation. Au quatorzième siècle, il y a la nécessité de synthétiser, de créer des formes qui vont être celles des grandes lignées, qui ont toutes leurs particularités et leur cohérence propre.
La légende du grand stupa raconte qu’une femme modeste qui avait gagné un peu d’argent a fait construire le stupa de Bodnath. Un de ses fils qui était en train de prier se fait piquer par une abeille qu’il tue d’une claque. Il fait le vœu que cette abeille devienne un prince qui pratique le Dharma et cette abeille va se réincarner en la princesse Pema Sal, l’incarnation racine de Longchenpa. C’est la première apparition de Longchenpa.
La lignée du Dzogchen commence avec Kuntuzangpo, le Bouddha primordial. Il y a plein de maîtres, une diversification, et tout arrive à Longchenpa. En regardant le schéma, on voit son rôle central, comment il rassemble des lignées du Dzogchen qui étaient dispersées, comment il rassemble et synthétise tout, comment il sauve tout.
Manjuśrīmitra divise les enseignements en Semdé, Longdé et Men ngak dé, les trois séries du Dzogchen. Et à partir de Śrī Siṃha, il y a une division en deux grandes transmissions : Kama, la transmission orale et Terma les trésors cachés par Guru Rinpoché. Du côté terma, vous avez des enseignements Men ngak dé, la série des instructions cruciales, transmises par Padmasambhava.
Péma Sel, l’incarnation de Longchenpa, est ressuscitée par Guru Rinpoché qui lui donne l’enseignement du Khandro Nyingthik. Elle renaître en tant que Péma Lédrel Tsel, un tertön qui redécouvre le Khandro Nyingthik, mais qui ne le déchiffre pas complètement. C’est Longchenpa, qui va de nouveau redécouvrir le Khandro Nyingthik. Du côté kama, il y a les trois séries : Men ngak dé, Semdé et Longdé. À partir de là, vous avez les enseignements Men ngak dé, avec le Vima Nyingthik, le Nyingthik de Vimalamitra.
Longchenpa reçoit les deux lignées, kama et terma, Khandro Nyingthik et Vima Nyingthik, et il rassemble tout. Donc, on voit son importance centrale. C’est-à-dire qu’il est celui qui fait que rien n’est perdu de cette lignée.
Le Longchen Nyingthik est une transmission où Longchenpa est central. Jigmé Lingpa reçoit des scripts et des substances des dākinī, qui vont être la base de Longchen Nyingthik. Ces textes, il va complètement en réaliser le sens profond grâce à une série de trois visions de Longchenpa. Jigmé Lingpa va avoir plusieurs incarnations principales : Jamyang Khyentsé Wangpo, Patrul Rinpoché et Do Khyentsé. Tous ces Khyentsé sont des incarnations de Jigmé Lingpa. Et tout ce qui est venu de Longchenpa qu’on a vu, se retrouve adapté à notre temps. La ligne principale d’enseignement qu’on reçoit est liée au Longchen Nyingthik. Et les principaux maîtres qui font référence et qui enseignent sont liés à cette lignée.