Shedra

2020 – 2021
Textes choisis du Mahāyāna

Contexte

Suite de la série de trois années de cours en phase avec les livres de Philippe Cornu : Manuel de bouddhisme.

Deuxième année, le bouddhisme Mahāyāna

 

 

Notre programme se concentrera cette année sur trois textes du Mahâyâna, chacun éclairant un des aspects de la vue de ce véhicule :

  • Le Samdhinirmochana Sûtra (école Chittamâtra) :  Comment l’esprit génère-t-il sa propre réalité tout en oubliant qu’il en est le créateur ?
  • Clarifier les deux vues par Patrul Rinpoché (école Madhyamaka) : Les apparences sont-elles ce qui occulte ou ce qui révèle l’absolu ?
  • Le Gyü Lama (thème de la nature de bouddha) : Devient-on bouddha ou réalise-t-on qu’on n’a jamais cessé de l’être ?

 

Nous étudierons ces textes pour aller à la rencontre de la nature infiniment ouverte, libre et lumineuse de notre esprit

 

Voici les références de lecture pour vous les procurer :

Dates

mardi 13 octobre Samdhinirmochana Sûtra 1
mardi 17 novembre Samdhinirmochana Sûtra 2
mardi 15 décembre Samdhinirmochana Sûtra 3
mardi 19 janvier Samdhinirmochana Sûtra 4
mardi 26 janvier Clarifier les deux vues 1
mardi 9 février Clarifier les deux vues 2
mardi 16 mars Clarifier les deux vues 3
mardi 27 avril Gyü Lama 1
mardi 18 mai Gyü Lama 2
mardi 1er juin Gyü Lama 3

 

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Le sujet de cette année, le Grand Véhicule vers l’Éveil, le Mahâyâna, est grand du point de vue de la motivation, car on est dans un véhicule où on considère que le bien des êtres est plus important que notre propre bien. Il est grand par sa vue, parce qu’il est question de vacuité universelle. Ce qui est universel, c’est la nature de bouddha, la nature ultime de tous les êtres. Il est vaste du point de vue de la méditation, par des pratiques qui vont être la façon de vivre dans le concret de cette vue, et d’où va découler l’action vaste et profonde des bodhisattvas. Et puis il est vaste dans le fruit. Puisqu’ici le fruit qui est visé, c’est l’Éveil complet d’un bouddha, le Samyaksambouddha.

On a une perspective complètement différente de ce qu’on a vu l’an dernier. On est toujours dans le bouddhisme, ce sont les mêmes éléments, mais vus sous une autre perspective. C’est un changement de paradigme. Et ce qui rend ça complètement différent, c’est le fruit, la clef de voûte à partir de laquelle tout le reste tient.

Pour étudier le Mahâyâna, on va se baser sur trois textes qui correspondent à trois grands sujets du Mahâyâna : L’esprit seulement, avec le “Sandhinirmocanasûtra”. Le Mâdhyamaka, avec “Clarifier les deux vues”. La nature de bouddha, avec le “Gyü Lama”.

Le Sandhinirmocanasûtra ou “Sûtra du Dévoilement du sens profond” est un Sûtra qui expose la vue du Cittamātra, l’esprit seulement, et on va travailler autour de cette question : comment l’esprit génère-t-il sa propre réalité, tout en oubliant qu’il en est le créateur ? Ce texte a été traduit en tibétain par Chokro Lüi Gyaltsen à l’époque du roi Trisong Detsen et il fait partie du Kangyour, la parole du Bouddha dans le canon tibétain.

Ce texte est associé à l’école Yogâcâra, ceux qui pratiquent le yoga, l’union à la nature véritable. On dit aussi Cittamātra, l’esprit seulement. Le Cittamātra dit qu’il n’y a pas de réalité en dehors de notre esprit. Connaître la réalité, c’est finalement connaître notre esprit sans s’en rendre compte, comme dans un rêve. C’est une vue qui éradique tout réalisme, c’est-à-dire croire qu’il y a quelque chose comme une réalité qui est indépendante de nos perceptions. Cette école est d’une grande utilité pour comprendre la pratique.

Le Mâdhyamaka va montrer que tout est illusion et on arrive dans un absolu où on ne peut plus rien dire. Le Cittamātra va nous montrer la construction de l’illusion. Comment, alors que tout est ultimement libre de l’illusion, on ne cesse de s’empêtrer dans cette illusion. Comment on se débat, chacun d’entre nous, dans notre propre rêve.

La structure du texte est composée d’un prologue qui met en place la situation et de dix chapitres. Les quatre premiers chapitres parlent de la relation entre relatif et absolu. Les chapitres cinq à sept parlent de la vue du Cittamātra. Les chapitres huit et neuf parlent de la méditation basée sur cette vue, et le chapitre dix parle du fruit.

Dans le Cittamātra, il est question du karma et des huit consciences. Les huit consciences sont la marque de la vue du Cittamātra. Dans toutes les autres formes du bouddhisme, il y a six consciences : cinq consciences sensorielles et une conscience mentale. Ici, vous avez en plus le klistamanas, la conscience affligée de l’idée du soi et la huitième conscience ālayavijñāna, qui est le réservoir karmique. Les huit consciences sont une façon de comprendre de façon subtile le karma. C’est un système où l’esprit n’a à faire qu’à lui-même. Ça montre que pour qu’il y ait quelque chose “comme un monde”, il n’est pas nécessaire qu’il y ait un monde matériel qui existe en dehors de nous.

Dans le Mahâyâna, il y une perspective complètement différente. L’environnement autour du Bouddha exprime ce qu’est la bouddhéité et comment elle dépasse toutes nos conceptions. Il n’y a pas un bouddha mais des bouddhas. Il n’y a pas un seul monde mais des mondes. Le palais est l’espace où se produit l’enseignement qui a pour cause les qualités spirituelles et qui a pour effet qu’on développe ces mêmes qualités spirituelles.

L’absence de caractéristiques est une autre façon de dire vacuité. C’est qu’on n’est pas fixé sur les caractéristiques des objets, croyant que ces caractéristiques leur assurent quelque chose comme une existence réelle. L’Eveil est indicible. Les enseignements passent leur temps à parler d’un sujet dont on ne peut rien dire, d’où le recours à l’imagination, par exemple. L’infini dimension du réel, c’est le dharmadhâtu, tout du réel en tant qu’il est une expression de l’Eveil, tel qu’il est perçu par les bouddhas.

La doctrine est à savourer, est une métaphore intéressante. Dans le bouddhisme, notamment dans le Mahâyâna, il y a beaucoup de métaphores sur la vue, mais il y a aussi des métaphores basées sur le goût. Le goût, c’est ce avec quoi on va entrer en contact de façon très intime, avec ce qu’on va avaler, ce dont on va s’imprégner.

La vue Nyingmapa est une combinaison de Mâdhyamika et de Cittamātra. Pour ce qui concerne l’absolu, il n’y a rien de mieux que le Mâdhyamaka Prasangika, où on prend toutes les vues et on montre qu’elles ne sont pas tenables en fin de compte. Mais pour ce qui est du relatif, c’est le Cittamātra qui est la vue utilisée. La combinaison des deux est une préparation au Dzogchen. Ça permet de mieux comprendre notre illusion et la pratique.

Le composé, c’est ce qui nait de causes et de conditions, qui est de l’ordre du samsâra. L’incomposé, c’est ce qui est libre de causes et de conditions, de l’ordre du Nirvāna. Dans le Mahâyâna, on ne quitte pas le samsâra, même si on va vers le Nirvāna. On va embrasser les deux. Les bodhisattvas nous encouragent à dépasser ces deux catégories et voir qu’elles ont une même nature en fin de compte et que cette distinction n’a une validité que très relative.

Une possibilité d’erreur sur le chemin spirituel, c’est d’être aveuglé par les mots qui devraient nous guider. Être pris dans le langage et rater ce qu’ils désignent. Il y a des distinctions qu’il est utile de connaître et qu’il s’agit finalement de dépasser. Si on n’arrive pas à voir ce que désignent les paroles qui doivent nous guider, on est condamnés à continuer dans l’errance du samsâra. Or le but de tout ce chemin, c’est la libération.

Le problème des êtres ordinaires, c’est que ce qui est de l’ordre du relatif apparait comme un absolu. Ce que vous vivez, c’est le relatif, mais il y a une nature qui est au-delà de ça, c’est l’absolu. C’est la base même du chemin spirituel. Il y a bien une différence à ce niveau-là, mais c’est une différence qui n’est que relative. On découvre cet absolu dans le relatif, par l’analyse, la compréhension de ce qu’est le relatif.

Du point de vue absolu, il n’y a pas de différence entre relatif et absolu. Parce que l’absolu, c’est la vacuité. Et la vacuité est une caractéristique des phénomènes relatifs. Il n’y a pas quelque chose qui serait la vacuité qui existerait séparée des phénomènes relatifs. Le point c’est que la distinction relatif-absolu est vraie relativement, mais n’est pas vraie absolument. Ça dépend sous quel angle on regarde les choses.

Parmi ceux qui enseignent le Dharma, combien enseignent sur la base de l’orgueil spirituel ? L’orgueil, c’est croire être plus avancé spirituellement qu’on ne l’est en réalité. Ce n’est pas parce qu’on arrive à expliquer quelque chose qu’on l’a réalisé. Parce que là on trompe les autres et on donne le Dharma d’une façon qui n’est pas juste.

L’inférence, c’est le raisonnement. L’enseignement parle de la nécessité de ne pas être coincé dans l’inférence et d’arriver à une perception directe, qui est un aperçu de l’ordre de l’évidence intuitive, directe et qui ne passe par aucun concept. Goûter la saveur, c’est une perception directe. Tant qu’on est dans goûter la saveur de la doctrine, il n’y a pas de problèmes. Le problème, c’est l’instant suivant. L’expérience directe de goûter le nectar du Dharma peut être valide, la saveur unique peut être valide. Mais l’instant d’après, on reconceptualise. C’est le problème.

Quand on enseigne, il y a une ligne de partage qui est très claire : soit on transmet des connaissances, soit on transmet la sagesse. Le boulot du lama qui a la bénédiction la lignée, c’est de transmettre la sagesse, le souffle de la lignée. C’est quelque chose qui demande d’être connecté à des gens qui peuvent recevoir ça. Un instructeur, c’est un prof, c’est quelqu’un qui transmet des connaissances sur le Dharma. C’est des métiers différents.