Shedra
2019 – 2020
Bouddhisme ancien
Contexte
Début de la série de trois années de cours en phase avec les livres de Philippe Cornu : Manuel de bouddhisme.
Première année, le bouddhisme ancien
Revenir à l’attitude de ceux qu’on appelle les shravakas, ceux qui écoutent la parole du Bouddha
La parole du Bouddha est encore vivante de nos jours
C’est important de revenir à ces enseignements fondamentaux. Sans le bouddhisme fondamental, on peut oublier le reste
Si on n’est pas clair sur le fait que le chemin est à propos d’aspirer à la libération, on peut recevoir des enseignements très profonds, mais ce qu’on est en train de faire sera un peu bizarre
Dates
| mercredi 9 octobre 2019 |
Chercher son chemin |
| mercredi 27 novembre 2019 | Aspirer à la liberté vraie |
| mercredi 11 décembre 2019 | Prendre et trouver refuge |
| mercredi 29 janvier 2020 | Cheminer vers la libération |
| mercredi 26 février 2020 | Contempler la totalité de notre expérience |
| mercredi 25 mars 2020 | Contempler l’impermanence et la mort |
| mercredi 22 avril 2020 | Contempler l’absence de soi selon l’école Vaibhāṣika |
| mercredi 27 mai 2020 | Contempler l’absence de soi selon l’école Sautrāntika |
| mercredi 3 juin 2020 | Découvrir la paix véritable |
Fichiers
Tous les fichiers
Tous les fichiers sous forme d’arborescence
Ce que Damien et Philippe font cette année est complémentaire. L’approche dans le shedra, sera de traiter des sujets proches, mais de façons différentes. On va plus se fonder sur les textes. Le sujet de l’année est le bouddhisme ancien. On va revenir à l’attitude de ceux qu’on appelle les shravakas, ceux qui écoutent la parole du Bouddha. Et la parole du Bouddha est encore vivante de nos jours parce qu’elle est écrite dans les soutras et qu’on la récite dans les monastères, qu’on l’étudie et qu’on cherche à découvrir le sens profond.
Sans le bouddhisme fondamental, on peut oublier le reste. Si on n’est pas clair sur le fait que le chemin est à propos d’aspirer à la libération, on peut recevoir des enseignements très profonds, mais ce qu’on est en train de faire sera un peu bizarre. C’est important de revenir à ces enseignements fondamentaux. C’est pour ça qu’on a décidé, sur les trois années qui viennent, de faire une année theravada, une année mahayana et une année vajrayana
Chercher son chemin, c’est ce qu’on passe notre temps à faire. En tant qu’être humain, on a une certaine confusion. C’est intéressant parce que même quand on suit un chemin et qu’on est sûr que c’est le bon, tant qu’on n’a pas été au bout de ce chemin, il y a toujours ces moments de doutes, de perplexité qui peuvent venir. D’un point de vue spirituel, ces moments sont riches, parce qu’il y a la possibilité d’approfondir le chemin qu’on suit. En tant qu’être humain, on a un mélange d’intelligence et de beaucoup d’ignorance. On est assez clair pour être capable de comprendre qu’on est confus et se poser des questions. C’est plein d’incertitudes, de mélange d’intelligence et de confusion. On va tenter de surmonter cette situation de doute. Et puis un jour, la réalité nous montre que c’était juste une croyance. Les moments de plus grandes souffrances dans notre vie, ce sont ces moments où notre monde s’écroule. Il y a quelque chose qui montre qu’on croyait qu’il était garanti que ça allait toujours aller bien. Il y a ce cycle d’adhésion à des croyances et un écroulement de ces croyances.
Le début d’un chemin spirituel, c’est peut-être de considérer ces moments-là. De regarder ce qui se passe. De voir comment ce faisant, on a plus souvent à faire à notre représentation du monde qu’à la réalité. On a plus souvent à faire à ce qui occupe notre esprit qu’à ce qui occupe le monde. Comment on se construit notre bulle. La spiritualité, c’est prendre conscience de ça. Voir que souvent ce qu’on appelle “objectivité” est une construction de l’esprit. Le premier accès à la spiritualité peut se faire par ce doute, cette angoisse, cette inquiétude. Et dans la vie des maître spirituels, il y a souvent un passage par ça. C’est là qu’on cherche un accès à la vérité qui soit libératoire. C’est une première définition qu’on peut donner de la spiritualité : un accès à la vérité, qui amène la libération.
On appellera “spiritualité” l’ensemble de ces recherches, pratiques, expériences que peuvent être les purifications, les ascèses, les renoncements, les conversions du regard, qui constituent non pour la connaissance mais pour l’être même du sujet, le prix à payer pour avoir accès à la vérité. Travailler non sur la connaissance, mais sur le sujet.
Dans le monde occidental, une connaissance est une connaissance objectivée, objectivante à l’objet qu’on a devant soi. Une connaissance à la troisième personne. C’est “il” y a quelque chose qui est posé devant nous. Et connaître adéquatement cette chose, c’est définir ce qui est là, distinct de moi. Et pour nous, connaître c’est ça. Dans la spiritualité, on s’intéresse à un autre mode de connaissance, qui est un mode de connaissance à la première personne. Par exemple, quand on travaille sur son esprit en méditant, on fait aussi une forme d’expérimentation vérifiables qui valide une connaissance à la première personne. C’est la perception directe. Si on met sur la tête de Matthieu Ricard des électrodes, on va voir à la troisième personne que la méditation a un effet. Mais c’est Matthieu Ricard à la première personne, qui connait vraiment l’effet de la méditation. Et il n’a pas besoin d’électrodes pour prouver ça. Voir à la troisième personne ne transforme personne, parce que c’est une connaissance objective. Et dans le Bouddha Dharma ou dans la spiritualité en général, c’est ça qui est valide.
La vérité illumine le sujet ; c’est ce qui lui donne la béatitude, la tranquillité de l’âme. C’est une vérité connue à la première personne, dans un rapport transformateur à la vérité. Est-ce que le bouddhisme, ça me plaît, ou est-ce que c’est une vérité qui me transforme ?
La succession des textes dans les écoles philosophiques grecques n’est pas cohérent comme un livre de philosophie occidentale classique. Ce n’est pas cohérent du point de vue de l’exposé intellectuel, mais c’est cohérent comme exercice spirituel. C’est comme le ngöndro. On passe un temps sur une chose, un autre temps sur autre chose. C’est une façon de se transformer. L’acte philosophique ne se situe pas seulement dans l’ordre de la connaissance, mais dans l’ordre du “soi” et de l’être : c’est un progrès qui nous rend meilleurs. C’est une conversion qui bouleverse toute la vie, qui change l’être de celui qui l’accomplit. Elle le fait passer d’un état de vie inauthentique, obscurci par l’inconscience, à un état de vie authentique dans lequel l’homme atteint la conscience de soi, la paix et la liberté intérieure. La connaissance du monde de la réalité, vécue à la première personne, nous transforme et nous libère. La spiritualité c’est ce travail sur l’esprit et la façon dont il connaît les choses.
Ce qui est particulier dans le Dharma, c’est qu’on part d’une attention au monde phénoménal. On ne part pas d’une révélation ou de la rencontre avec Dieu. C’est l’idée de revenir aux données phénoménales. La méditation par exemple, c’est apaiser l’esprit pour le ramener à ses sensations. Le corps, souvent pour nous, c’est l’apparence et la performance. Le corps réel, c’est un corps somatique, un corps de sensations. C’est le corps qui nous rejoint en méditation. Quand on parle de l’attention aux sensations du corps, on parle de revenir à la réalité vécue du corps.
L’approche du dharma, par la discipline, la méditation et la sagesse, c’est cette contemplation du monde phénoménale, pour en découvrir la nature. On voyage du monde phénoménal à la nature de ce monde phénoménale. Si vous êtes vraiment relié à votre corps, instant après instant, c’est un corps impermanent. Il n’y a rien qui reste en place. Si on est habitué à ça, on devrait aussi être habitué à l’idée de vieillir et on découvre sa nature impermanente. On a voyagé de phénomène à nature et dans tout le Bouddha Dharma, c’est toujours ça le principe. La nature de l’impermanence est vacuité. On voit le monde phénoménal comme expression de la nature.
Dans ce processus, on arrive à une vue véritablement transformatrice, avec vue, méditation et action. La vue, c’est ce regard neuf, qu’il éclaire d’un jour nouveau et libérateur, une vision de la vérité des phénomènes. La méditation, c’est passer du temps avec cette vue. Et l’action, c’est la conduite qui en découle. Cette vue est définie par les quatre sceaux des préceptes, qui sont la marque d’une vue bouddhiste.
Tous les phénomènes conditionnants sont impermanents. Les phénomènes conditionnants, les samskara, c’est ce qui forme la matrice de nos conditionnements. C’est ces habitudes émotionnelles et cognitives. On est pris là-dedans. C’est source de souffrance, parce que c’est impermanent et qu’on veut toujours que cela soit permanent. On veut saisir quelque chose qui n’existe pas. Parce que notre vision ordinaire, conceptuelle, simplifie les choses qui sont d’une infinie complexité. On crée notre réalité, mais sans le savoir. C’est l’ignorance. Parce que tout est impermanent, interdépendant, produit par la co-production conditionnée, il n’y a pas quelque chose comme un soi. Le soi est défini comme une forme d’entité qui existe par elle-même, qui n’est pas composée de parties et qui dure toujours. Le nirvana est la paix, l’apaisement de la dualité sujet-objet, de toutes les tensions qui nous font croire être autre chose que ce qu’on est. Parce tout le fonctionnement de l’esprit ordinaire, c’est cet esprit sans cesse agité. Le nirvana est l’apaisement de cette activité démentielle, qui ne fait que perpétuer la souffrance.