Shedra
2018 – 2019
Connaître la réalité
Contexte
Ce shedra est animé par Damien et Philippe
ÉPISTÉMOLOGIE BOUDDHISTE
«La Réalité doit être contemplée telle qu’elle est : celui qui contemple la réalité devient libre »
Cf. rgyud blama
Connaissons-nous la réalité ? Ou avons-nous juste affaire à notre réalité ?
Le sujet de cette année est l’épistémologie bouddhiste : étudier et contempler la manière dont nous connaissons la réalité
Dates
| lundi 15 octobre 2018 |
Damien – Introduction |
| lundi 19 novembre 2018 | Damien et Philippe – Foi et raisonnement 1 |
| lundi 3 décembre 2018 | Damien et Philippe – Foi et raisonnement 2 |
| lundi 10 décembre 2018 | Philippe – Logique Bouddhique |
| lundi 7 janvier 2019 | Damien et Philippe – Foi et raisonnement 3 |
| lundi 4 février 2019 | Damien – Foi et raisonnement – Fin |
| lundi 25 mars 2019 | Damien – Les étapes de la méditation 1 |
| lundi 1 avril 2019 | Philippe – Unir méthode et sagesse |
| lundi 22 avril 2019 | Damien – Shamatha et vipaśyanā dans le ngöndro |
| lundi 6 mail 2019 | Damien – Perception pure comme accès à la sagesse dans le Vajrayana |
| lundi 13 mail 2019 | Damien et Philippe – Dévotion comme accès à la sagesse dans le vajrayana |
| lundi 27 mail 2019 |
Philippe – Dévotion comme accès à la sagesse dans le Vajrayana – Guru Yoga |
| lundi 3 juin mail 2019 |
Damien – Connaissance et sagesse dans le dzogchen |
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Comment connait-on la réalité ? L’image avec le lapin et le canard nous montre ça. On voit bien un lapin et on voit bien un canard. Dans les deux cas, on a l’impression de voir la réalité. Notre esprit oscille d’une interprétation à l’autre, tout est question de choix. On a toujours plusieurs regards possibles sur la réalité. Dans une journée, on passe notre temps à faire ce genre de choix d’interprétation de la réalité. Et il y a plein d’histoires, d’illusions, de crises de sens qui sont autant d’interprétations et d’évaluations qu’on a de la réalité.
Est-ce qu’on connait la réalité ou est-ce qu’on connait notre réalité personnelle ? La plupart du temps, on a plutôt l’impression de connaitre la réalité. Et puis de temps en temps, on a de petits épisodes où on réalise nos erreurs et on produit une nouvelle interprétation, qui peut être sera complètement remise en cause un jour.
Il y a une sorte d’incertitude dans notre esprit. L’esprit humain a une capacité d’intelligence mais aussi une capacité d’ignorance. Le mélange des deux crée l’incertitude sur la nature de la réalité. Ce principe d’incertitude est au cœur d’une vie humaine. C’est sur la base de notre compréhension de la réalité que nous dirigeons notre vie. Nous sommes le résultat des décisions que nous avons prises, peut-être pas toujours en parfaite lucidité.
Notre esprit a cette capacité à connaitre. S’il connait de façon adéquate, il est libéré. S’il connait en étant à côté de la réalité, il est enchainé dans l’illusion et dans la souffrance. Les questions qui ont à voir avec connaitre la réalité sont au cœur même du chemin spirituel. C’est une question de connaissance.
Notre condition ordinaire est de passer sans cesse à côté de la réalité. On ne voit pas la nature de la réalité, on voit autre chose à la place. C’est ce qu’on va appeler le relatif. Quand on parle d’illusion, on parle d’un mode de connaissance qui passe à côté de la réalité. Ce n’est pas juste un aveuglement, ce n’est pas rien. Il y a toujours une connaissance. C’est actif, vif, impliqué. D’un point de vue ordinaire, c’est la base de l’idiotie ou de la bêtise. C’est cette capacité merveilleuse de l’esprit à connaitre, qui manque la cible, bien sûr, mais c’est connaitre.
Voir la réalité nous libère. Cet absolu n’est pas un ailleurs, il est le fond de ce qui est là, ici et maintenant. Se libérer ou s’emprisonner dépend de l’esprit et pas des objets extérieurs. Ce ne sont pas les objets, les situations ou les personnes extérieures qui nous emprisonnent. Si on connait la nature de ces objets, il n’y a plus d’enfermement.
Quand on a cette réalisation, les apparences deviennent ce qui témoigne de l’absolu. Tant qu’on n’a pas réalisé l’absolu, les apparences nous tiennent à distance, on les prend pour quelque chose de solide. Par contre, quand on a réalisé l’absolu, chaque apparence manifeste l’absolu. Il y a un renversement complet de la perspective.
Le problème ne vient pas des apparences mais de notre esprit. Il y a deux modes de connaissance de l’esprit. Un mode de connaissance qui va être prisonnier du relatif, qui va accorder aux phénomènes une sorte de prison de fer. Et il y a un autre mode de connaissance qui est libératoire et qui reconnait qu’il n’y a aucune solidité.
Ce qui compte, c’est de réaliser la nature des objets extérieurs et ça dépend du genre d’esprit qu’on a. C’est le point de vue du chemin. Ce qu’on vise ici, c’est la libération du samsara. Ça peut sembler un grand pas mais finalement, chaque fois que vous vous asseyez pour méditer, que vous pratiquez ou que vous étudiez, vous allez dans ce sens.
La vérité relative est vraie relativement à la perception de certains êtres. La vérité absolue est vraie, mais absolument. Le vrai relativement est quand même vrai. Il ne faut pas considérer que c’est juste une illusion. C’est vrai relativement à cette perception. Cette vérité relative parait vraie à l’esprit fourvoyé des êtres ordinaires. Cette perception des êtres se crée par le karma. Le karma est l’enseignement de comment fonctionne le relatif.
La vérité relative est tout ce qui peut être connu par l’esprit conceptuel, exprimé par la parole et mis en œuvre avec le corps. C’est ce qui existe pour soi, qu’on peut toucher, dire ou penser. Les êtres réduisent tout à leur mesure, le reste n’existe pas. Alors, est-ce qu’on connait la réalité ou une réalité à notre mesure ?
La vérité absolue est aussi appelée sens ultime, dimension absolue, état naturel, perfection ultime, vacuité, ainsité. Cette vérité absolue est vraie pour les être sublimes, en tant qu’objet de la sagesse qui se connaît elle-même. C’est-à-dire ceux qui ont eu une perception directe, non composée de la réalité. La vérité absolue est définie comme ce qui est au-delà de l’esprit, inexprimable et inconcevable. C’est au-delà de notre mesure en tant qu’être ordinaire.
La vérité relative est de l’ordre des phénomènes, tandis que la vérité absolue est de l’ordre de la nature de ces phénomènes. Il n’y a pas de séparation.
Le point de départ des êtres ordinaires, c’est qu’il n’y a que le relatif et c’est un absolu. Après, on entre sur le chemin et on va séparer le relatif et l’absolu. Et au terme du chemin, il n’y a pas d’absolu hors du relatif. Ces trois étapes sont essentielles. Vous les trouvez aussi dans la pratique. On passe sans cesse par ces trois étapes.
Il n’y a que l’absolu qui puisse connaitre l’absolu. Un point de vue relatif sur l’absolu est de l’ordre du relatif. Juste connaitre la définition de la vacuité, c’est de l’ordre du relatif tant que vous ne l’avez pas vraiment réalisée. Une fois réalisée, même le mot vacuité est insignifiant. Ce n’est qu’un moyen relatif pour nous amener vers l’absolu.
Il y a interdépendance entre le genre d’objet et le genre d’esprit. Un esprit conditionné connait ce qui est conditionné. Un esprit non conditionné connait ce qui est inconditionné. Ça pourrait être les mêmes objets.
Dans l’épistémologie, on porte l’accent sur le genre d’esprit qui connait. Ces définitions du relatif et de l’absolu ne portent pas sur des objets extérieurs, mais sur quel type d’esprit connait quoi.
Il y a des définitions du relatif et de l’absolu plus ou moins accessibles selon les différents types d’êtres. Elles leur seront plus ou moins utile. Quand vous comprenez quelque chose et que ça vous aide, il faut le prendre. C’est fait pour vous. C’est respecter le Dharma que de faire ça, car il est conçu comme ça.
Connaitre l’absolu ou le relatif, c’est d’abord connaitre. C’est des modes de l’esprit, des façons de connaitre. Ça dépend de l’esprit. C’est l’esprit qui connait et qui libère, ou c’est l’esprit qui connait de travers et qui entrave. Tout est lié à l’esprit et à sa façon de connaitre. On atteint l’éveil ou pas sur la base de connaitre ou pas la réalité. Le monde auquel on a affaire est un monde d’objets connus par l’esprit. On pourrait se demander si on connait des objets qui seraient objectivement là devant nous, ou si ce à quoi on a affaire est d’abord une connaissance d’objets.
L’éveil est une connaissance directe qui ne passe pas par le truchement de l’imagination, du raisonnement, ni de quoi que ce soit. La connaissance directe et sans retour. C’est le moment ou l’absolu s’autoreconnait pleinement. C’est ça le but de toute l’affaire. Donc l’éveil, c’est dégager la voie à cette connaissance directe et sans retour.
Nous sommes dans une approche où on va considérer que c’est possible de connaitre cet absolu, parce qu’il est simplement ce qui est, ce qui est donné là, immédiatement. Tout tient à une différence de regard. Il y a deux types de sujets ou d’esprits qui connaissent. L’un qui connait selon l’ordre du relatif et un autre qui connait selon l’ordre de l’absolu, et cet absolu est accessible, parce qu’il est simplement ce qui est. Il n’est pas à distance. Il est ce qui est perçu adéquatement. Il n’est pas un envers, il n’est pas un d’arrière monde.
Comment l’esprit connais-t ‘il ? C’est le sujet de l’épistémologie. On va réfléchir aux façons dont l’esprit peut arriver à surmonter ses propres limitations et s’assurer qu’il connait bien la réalité. Connaitre est un rapport au réel et le chemin est à propos de ça. Voir les choses tel qu’elles sont.